
Le projet de décret réformant le recrutement des enseignants-chercheurs a pour but d’introduire souplesse et réactivité afin de faciliter le recrutement de « pointures » internationales. Malheureusement les moyens d’assurer la transparence lors des recrutements y sont cruellement absents. Il n’est pas sûr que l’Université y gagne et encore moins les plus concernés par cette réforme : les jeunes chercheurs.
Les protestations soulevées par une première version du décret ont surtout porté, avec raison, sur les moyens d’assurer une certaine qualité à l’évaluation des candidatures.
Si elles ont poussé le ministère à amender légèrement son texte, la transparence a malheureusement fait défaut à la circulaire d’application. Tout se passe comme si l’institution souhaitait se couvrir contre tout risque de recours sans en supprimer les causes. Ainsi, ce projet souffre de ne pas préciser et de ne pas faciliter la mise en place de critères simples et clairs à respecter lors des différentes étapes du recrutement sur un poste.
C’est pourtant ceux-ci, surtout s’ils proviennent d’un code de bonnes pratiques, qui permettront de garantir une meilleure qualité aux futurs recrutements et pourront aussi servir d’indicateur à des fins d’évaluation. Ils seront beaucoup plus pertinents que le seul indicateur du taux de recrutement local qui fait mine de croire que le localisme est la cause des dérives et des problèmes alors qu’il en est principalement la conséquence.
Le délai minimal qui doit s’écouler entre la publication d’un poste par l’Université et le recrutement proprement dit pourrait être bien plus précis que le terme « raisonnable » utilisé, spécialement en l’absence d’une campagne nationale de recrutement. Il faut permettre à chacun de pouvoir matériellement postuler une candidature. De même, il est nécessaire d’organiser une large publicité autour des postes à pourvoir car il est illusoire de penser qu’un affichage dans un recoin du site web de l’université suffit. Ce sont pourtant des éléments auxquels le code de conduite du recrutement de la Commission Européenne recommande explicitement de veiller.
Les comités de sélection seront « composés de membres désignés par le conseil d’administration (...) choisis pour leurs compétences et en majorité parmi des spécialistes de la discipline concernée. » S’il est souhaitable d’introduire dans l’instance de décision des enseignants ou chercheurs appelés à interagir avec le futur recruté mais n’appartenant pas à la même discipline, la formulation reste trop floue.
Ainsi, il est possible qu’au cours du temps les compétences ne soient plus directement reliées au poste mais plutôt avec le degré de relation ou d’utilité politique que le membre entretiendrait avec le président. De même, l’expression « spécialiste de la discipline » est ambiguë. Quels critères seront utilisés pour définir un spécialiste ? C’est pour ces raisons que la composition du comité de sélection lié à un recrutement doit être publique afin d’éviter toute manipulation pouvant biaiser les choix. Il aurait été également pertinent que la circulaire préconise un ensemble de champs - obligatoirement motivés - que devraient comporter les rapports sur les candidats et qu’elle précise que ces rapports pourraient lui être communiqués.
Enfin le droit de veto restreint au seul président comporte tel quel trop de risques de népotisme et devrait être élargi au CA. De plus, ce veto devrait être obligatoirement et correctement motivé, afin d’éviter les recours juridiques (comme l’a appris à ses dépens l’Université Technologique de Compiègne qui s’est vue condamnée en juin 2007 pour droit de veto insuffisamment motivé). Enfin, une fois le recrutement acté, celui-ci devrait faire l’objet d’une publicité large (en tout cas plus large qu’auprès du seul recruté) afin de placer l’établissement devant ses responsabilités.
Concernant les emplois temporaires, ce projet pourrait créer un véritable trou noir. C’est d’autant plus gênant que ce type d’emplois dont la proportion est déjà forte est appelé à se développer dans les prochaines années, voire à devenir une norme. Ainsi, la responsabilité des recrutements temporaires incombe aujourd’hui aux commissions de spécialistes qui sont appelées à disparaître : il n’est nulle part fait mention des solutions de remplacement pour les vacataires. Le recrutement des ATER sera à la charge du conseil scientifique, ce qui dans les conditions actuelles de fonctionnement n’est pas forcément le plus efficace car la quantité de recrutement à effectuer demande des modifications de fonctionnement non précisées par la circulaire. Qui rendra les avis sur les candidats à partir desquels le conseil scientifique basera ses choix ? Quels sont les moyens qui permettront d’assurer aux évaluations qualité et équité ? Ne plus permettre une évaluation correcte des candidats serait dommageable aux jeunes chercheurs.
En termes de transparence des décisions et de possibilités d’évaluation par le monde de la recherche, cette réforme n’apporte rien et va même dans le mauvais sens. En l’état, ce projet aboutit à l’augmentation du sentiment du règne de l’arbitraire et du favoritisme, conduisant à une baisse de l’attractivité des postes. Rien ne mettra aujourd’hui l’ensemble des décisions des recruteurs face à l’avis de leur communauté thématique.
Les principes de réalité ont été négligés, ce qui place ce projet loin des recommandations en termes d’efficacité, de transparence et d’ouverture émises par la Commission Européenne.