
En Ile de France, les mobilités étudiantes inter-universitaires nuancent le schéma habituel d’universités centrales fortement attractives et d’universités périphériques très dépendantes. Elles mettent en évidence des réseaux d’échanges plus polycentriques.
Les mobilités inter-universitaires des étudiants, réalisées en cours d’études, sont un bon indicateur du jeu des concurrences et des coopérations de plus en plus sélectives qui se jouent entre les établissements. L’enjeu de ces échanges est d’autant plus important pour des universités confrontées aujourd’hui à une stabilisation voire une régression globale de leurs effectifs. Au cours des cinq dernières années, l’Ile de France a perdu 0.5% des effectifs étudiants.
Avec ses 17 universités, la carte universitaire francilienne est particulièrement complexe et éclatée, fruit de plusieurs décennies de déconcentration des implantations universitaires. Certes, Paris occupe encore une position dominante dans le dispositif régional francilien en concentrant 179 000 étudiants contre seulement 97 000 en petite couronne et 38 000 en grande couronne. Comment aujourd’hui, dans le jeu des concurrences inter-universitaires, se déploient les mobilités des étudiants et comment contribuent-elles à recomposer les logiques d’attraction qui sous-tendent les offres de formation de chaque université ? Comment se positionnent les universités centrales de la métropole francilienne ? Qu’en est-il des universités les plus récentes et les plus périphériques ? Quels sont les réseaux de relations privilégiées qui se dessinent entre les universités franciliennes ?
La mobilité en cours d’étude touche un étudiant sur dix en Ile de France. Cette proportion peut atteindre jusqu’à 30% des effectifs lors du passage du deuxième au troisième cycle. Ce niveau relativement élevé de mobilité inter-universitaire est facilité par la qualité globalement satisfaisante de l’accessibilité des établissements, n’imposant pas nécessairement à l’étudiant migrant de changement résidentiel. Dans la région francilienne, les coûts sociaux d’une telle migration sont donc relativement bas et les avantages comparatifs de l’offre jouent à plein.

Dans ce paysage universitaire en mouvement, les universités franciliennes se positionnent très différemment. L’inégale attractivité des établissements ne renvoie pourtant pas à des schémas simples qui opposeraient les universités selon leur taille, ou selon leur localisation plus ou moins centrale dans l’espace parisien. Plusieurs éléments se combinent pour expliciter la carte complexe de l’attractivité universitaire en Ile de France. Les caractéristiques propres des universités (qualité, diversité, spécialisation de l’offre de formation, excédents ou déficits d’images, degré de sélection pour des postulants externes...) associées aux caractéristiques de l’environnement dans lequel elles sont implantées (taille du vivier local qui autorise des sélections internes, qualité de l’offre locale de logement, aménités urbaines, conditions d’accessibilité...) sont autant de facteurs qui construisent l’attractivité d’une université. Trois indicateurs sont ici sélectionnés pour identifier les logiques spatiales à l’œuvre.
Premier indicateur : la capacité des universités à fidéliser leur public. Mis à part Marne-la-Vallée, les universités les plus jeunes, ont plus de mal que les autres à garder sur place leurs étudiants. La position des universités centrales ou de proche banlieue est plus contrastée. Les départs sont en moyenne relativement peu nombreux de Paris I, Paris III, Paris VI, Paris VIII-Saint-Denis ou Paris X-Nanterre, alors que l’émigration est plus marquée au départ de Paris II, Paris V, Paris IX ou Paris XIII- Villetaneuse par exemple.
Deuxième indicateur : la capacité des universités à renouveler leur vivier. L’image d’universités périphériques répulsives doit être beaucoup nuancée. En effet, les universités périphériques apparaissent assez attractives, notamment à l’entrée en 3ème cycle, pour les universités de Cergy-Pontoise, Versailles-Saint-Quentin, Marne-la-Vallée. Cette attraction est à mettre directement en relation avec la forte dimension professionnalisante des formations de 3ème cycle de ces universités, suscitant ainsi des flux d’entrée originaux. A l’opposé, les plus faibles niveaux d’attraction relative correspondent à la plupart des grands établissements centraux, comme Paris I, Paris III, Paris IV, Paris VI ou Paris VII. Au final, tout se passe comme si les universités parisiennes se suffisaient à elles mêmes et évoluaient dans une certaine autarcie avec leurs propres étudiants recrutés dès le premiers cycle, tandis qu’à l’autre extrême, les universités des villes nouvelles devaient chercher à valoriser des turbulences migratoires avec des départs et des arrivées relativement plus nombreux.
Troisième indicateur : les réseaux préférentiels entre les universités. Deux systèmes franciliens structurent les flux inter-universitaires de mobilités étudiantes. Un premier se dessine dans l’est de la région métropolitaine, reliant un noyau central d’universités à dominante scientifique (Paris V, Paris VI et Paris VII). Parmi elles, Paris VI se distingue par un niveau de centralité exceptionnelle, du fait de ses échanges privilégiés avec les universités périphériques, notamment Paris 11-Orsay et Paris 12-Créteil, principaux nœuds secondaires importants. Le second système prend forme au centre-ouest de la région. Il met en relation des universités à dominante sciences humaines ou sciences sociales (Paris I, Paris II, Paris III, Paris IV, Paris IX et l’Institut d’Etudes Politiques) sans qu’aucune ne prenne une position plus centrale. Assez modestement Paris 10-Nanterre et Cergy-Pontoise parviennent à s’arrimer à ce pôle central. Paris V qui entretient simultanément des échanges préférentiels avec Paris VI et Paris VII d’une part, et Paris II d’autre part, est le seul trait d’union entre ces deux systèmes. Modifiant peu ce schéma d’ensemble, les migrations au passage en 3ème cycle, ébauchent pourtant des réseaux d’affinité plus sélectifs, qui placent plus nettement les universités parisiennes dans un rôle de domination et les universités périphériques dans une position de dépendance.
Cette configuration des migrations inter-universitaires tient non seulement aux spécialisations disciplinaires des universités, mais sont également liées aux composantes de cycle. En effet, les flux majeurs sont échangés entre universités ayant non seulement des disciplines comparables ou liées, mais encore une offre dans les différents cycles globalement équivalente.
Dans un contexte où les coopérations inter-universitaires sont appelées à s’intensifier, quels effets pourraient avoir les regroupements d’établissements dans le cadre des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) sur les mobilités ?
Aujourd’hui, la géographie des migrations inter-universitaires est faiblement ajustée en fonction de ces regroupements : en Ile de France, 15 % seulement des migrations étudiantes se font entre établissements appartenant à un même PRES. Ce faible niveau d’intégration interne se double d’une diversité des réseaux externes des établissements d’un même PRES. Au final, les logiques de construction des PRES ne correspondent donc que très partiellement aux logiques de filières que les mobilités étudiantes ont pu révéler.
Les PRES en Ile de France affichent des finalités différentes. Il est donc bien difficile de prévoir l’évolution des déplacements étudiants. Dans le cadre d’un PRES qui associe des établissements aux profils disciplinaires complémentaires, les mobilités internes aux PRES pourraient vraisemblablement augmenter, compte tenu de la réorganisation de l’offre de formation. Lorsque le PRES est construit sur des regroupements pluridisciplinaires, l’impact sur les mobilités internes devrait être plus limité. Dans les deux cas, les PRES pourraient contribuer à une plus grande convergence des directions privilégiées des échanges.