Le candidat du parti ADP-Maliba à la présidentielle malienne, Aliou Diallo, a présenté un ambitieux programme d’investissements, de formation et de réinsertion professionnelle dans le Nord du Mali, afin de combattre à la racine les ralliements aux groupes armés qui gangrènent la région. Une nouvelle donne qui vise à compléter la réponse sécuritaire et militaire, et à apporter des solutions de long-terme.

Interrogé la semaine dernière par la Deutsche Welle à l’occasion d’une visite au Parlement allemand, Aliou Diallo a dessiné les grandes lignes d’un véritable New Deal destiné à sortir le Nord du Mali (mais aussi de plus en plus le Centre) de la zone d’influence des groupes armés djihadistes. Un programme basé sur la formation, la réalisation de grands travaux d’infrastructure, et la réinsertion des anciens combattants.

« Dans les accords de paix et les DDR, il est très important d’emmener une bonne partie des anciens combattants dans le secteur économique (…) pour faciliter leur réinsertion », a indiqué M. Diallo. Selon lui, il faut lancer un programme « d’infrastructures routières », visant à désenclaver les régions du Nord et leur permettre d’accélérer leur développement économique, notamment dans le secteur des matières premières.

« Le bassin sédimentaire du nord a déjà prouvé sa grande capacité à produire du gaz », a-t-il poursuivi en précisant que la construction d’infrastructures routières comme l’exploitation minière sont « des secteurs qui sont très créateurs d’emplois » afin que la réinsertion des anciens combattants ne se fasse pas exclusivement « sur le plan militaire, mais beaucoup plus sur le plan économique ».

Une politique d’investissements et de construction qui doit, selon Aliou Diallo, s’appuyer sur la formation professionnelle. « C’est très important de former les jeunes de cette région » pour que les grands travaux soient effectués par la jeunesse locale et que les travailleurs formés développent des savoir-faire utilisables tout au long de leur vie professionnelle.

Dernier pan de cette nouvelle donne, Aliou Diallo souhaite que les jeunes locaux « soient également utilisés dans la sécurisation de ces projets-là. Cela réduirait beaucoup les risques d’attentat et les risques d’enlèvements parce que ce serait des projets gérés et opérés par des jeunes de la région ».

«  On peut le faire en partenariat avec les Nations Unies et avec des partenaires allemands qui ont aussi une expérience de très longue durée sur la formation professionnelle pour éviter le grand chômage des jeunes. On irait vers une forme de formation pour l’emploi plutôt que vers l’éducation pour le chômage de masse », a ajouté le candidat d’ADP-Maliba.

Selon lui, « l’économie criminelle qui se développe au nord peut être combattue. Et le plan que je propose permet de faire émerger une vraie classe moyenne dans ces régions en utilisant les enfants de la région pour la recherche et l’exploitation des ressources qu’elles contiennent ».

La problématique djihadiste dans la bande sahélienne est très différente de celle rencontrée en Europe. Les individus et communautés qui rejoignent des groupes armés dans le Nord du Mali le font moins par idéologie que pour s’assurer leur protection et recevoir un certain nombre de services sociaux (éducation, santé, transport…) que l’État malien ne parvient plus à leur fournir. Il s’agit donc moins de personnes fanatisées et radicalisées que d’individus à la recherche de la moins mauvaise solution dans un contexte de misère et de violences.