Eclairages

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Analyses pluridisciplinaires de l’actualité

Union européenne et OTAN, des relations complexes

Entretien avec André Dumoulin
Attaché à l’Ecole royale militaire (Bruxelles), chargé de cours-adjoint à l’Université de Liège et maître de conférences à l’ULB

LMU : On parle beaucoup, ces derniers mois, de l’Alliance transatlantique, beaucoup moins de la politique européenne de sécurité et de défense commune. La place de l’OTAN est-elle gênante pour la PESD ?

André Dumoulin : Je ne crois pas. Les deux choses sont d’ailleurs assez distinctes. L’OTAN est une alliance militaire transatlantique et la PESD est un sous-secteur de la politique étrangère de l’Union européenne. Leurs champs d’intervention sont bien distincts.

Toutefois, un certain nombre d’ambiguïtés perdurent s’agissant des rapports qu’elles entretiennent. Ces ambiguïtés sont liées à la concurrence larvée à laquelle les deux organisations se sont livrées durant les années 1990. Le dialogue entre l’Union et l’OTAN, aujourd’hui encore, n’est pas suffisamment structuré. Des réunions de travail entre ambassadeurs ou entre ministres ont lieu, mais il n’existe pas réellement de programme de discussion et les deux organisations se regardent parfois en chiens de faïence. Ce qui ajoute au caractère un peu schizophrénique de la situation dans la mesure où la plupart des membres de l’OTAN sont aussi membres de l’Union européenne, et inversement.

LMU : Vers quelle complémentarité faudrait-il s’orienter ?

André Dumoulin : A mon sens, le partage des tâches entre l’OTAN et l’Union ne doit pas être codifié, figé. Cela conduirait à priver les Etats membres de l’Union de la liberté de manœuvre dont ils ont besoin au cours des missions effectuées dans le cadre des opérations extérieures. L’Union européenne n’a pas toujours les mêmes intérêts que l’OTAN. La question primordiale reste de savoir si l’OTAN peut, doit ou a la compétence pour s’occuper de sécurité globale, car le domaine de la PESD englobe a priori toutes les politiques menées par l’Union européenne vis-à-vis de l’extérieur. Il peut, sur ce point, y avoir une concurrence.

LMU : Y a-t-il une organisation de défense de trop sur le vieux continent ?

André Dumoulin : Si l’on doit parler d’une organisation de trop, c’est plutôt l’Union de l’Europe occidentale qu’il faudrait citer. Cette organisation, qui procède du traité de Bruxelles de mars 1948, est en voie de délitement. Avec le traité de Lisbonne, il est possible que cette organisation soit supprimée. L’Union reprendrait en effet pratiquement la même dimension de solidarité et de coopération en cas d’agression ou d’actes terroristes. Cette question sera clarifiée dans les prochains mois.

LMU : Certains observateurs considèrent que la PESD, face à l’OTAN, ne propose pas de réelle alternative. Partagez-vous ce point de vue ? L’OTAN risque-t-elle d’étouffer la PESD ?

André Dumoulin : L’atout majeur de la PESD repose sur son approche pluridimensionnelle. Elle intervient sur de multiples sujets et travaille en interaction avec les objectifs civils de la sécurité et les objectifs civils du développement. Ses principes d’action sont liés à l’histoire de la construction de l’Union européenne : les idées que les actions doivent être multisectorielles, que la violence doit être maîtrisée, que toute action sur le terrain doit prendre en compte les aspects civils et de reconstruction, sont dans la culture de la PESD.

La culture particulière de la PESD a influencé l’OTAN au gré, notamment, de l’utilisation directe ou indirecte de la compétence européenne à travers les actions diplomatiques ou militaires de la PESD. La culture de la PESD s’est un peu diffusée dans l’OTAN. Quand un militaire européen passe d’une opération de l’Union à une opération de l’OTAN quelques mois plus tard, c’est le même homme. Il conserve sa culture et son approche des problèmes. Il y a donc interaction et influences réciproques entre les deux structures.

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