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N°24 - Mars 2008
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« Rien ne serait pire que de voir les budgets sociaux être diminués »

Entretien avec Christophe Deltombe
Président d’Emmaüs France

Le Mensuel de l’Université : Diriez-vous que les gouvernements successifs se sont déchargés sur les associations caritatives ?

Christophe Deltombe : Je ne crois pas que l’on puisse répondre à cette question par oui ou non, sauf à être trop schématique. Les acteurs publics s’appuient sans doute beaucoup sur les associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion dans les cas où le champ d’actions de celles-ci coïncident avec des actions publiques.

Cela étant, pour prendre le cas d’Emmaüs, notre activité est irréductible à l’action gouvernementale, en ce sens que nous remplissons une mission qui ne me semble pas pouvoir l’être par les pouvoirs publics : nous assurons un service de proximité, de création d’un maillage social. Lorsque nous créons des communautés, nous mettons en place des structures d’accueil qui permettent aux personnes accueillies de reprendre en main leur propre avenir, leur propre devenir. Ce travail se fait dans une totale indépendance à l’égard des pouvoirs publics.

LMU : Avez-vous parfois l’impression de remplir un tonneau percé ?

Christophe Deltombe : En aucun cas. Ce que nous faisons est de toute façon indispensable, ou, à tout le moins, très utile. Il suffit pour s’en convaincre de se rendre dans l’une des communautés d’Emmaüs. Nous construisons sur le long terme. Nous ne situons pas dans le champ court. Mais cela, il est vrai, dépend en grande partie de nos activités. Pour ce qui a trait aux problématiques d’accueil d’urgence, nous critiquons parfois le manque de suivi. Nous essayons, avec nos propres moyens, de combler cette urgence, en créant de l’accueil.

En ce qui concerne les questions d’insertion, en revanche, le problème est différent car nous nous situons sur des actions à long terme. Nous essayons de pérenniser les situations lorsque les personnes n’ont nulle part où aller. Les personnes qui sont en communauté sont souvent, pour environ 70 % d’entre elles, des personnes difficilement réinsérables. Nous créons pour elles des structures de vie qui puissent être pérennes. Et cela fonctionne, puisque certaines personnes font partie de communautés depuis 30 ans.

LMU : S’il ne fallait retenir qu’une seule mesure demandée par Emmaüs France aux pouvoirs publics, qu’elle serait cette mesure ?

Christophe Deltombe : Ce que nous demandons surtout, c’est que le niveau des budgets sociaux ne soit pas diminué. Rien ne serait pire que de les voir être réduits ; cela impliquerait à terme la disparition de structures d’accueil. On annonce une baisse des crédits pour les contrats aidés. Quelques 80 000 contrats aidés pourraient, ainsi, dès l’année prochaine, être supprimés. Ce choix aurait des conséquences dramatiques ; le travail d’insertion que nous fournissons au quotidien en serait très durement affecté.

A tout le moins, si cette décision devait être prise, elle devrait l’être après concertation avec les associations de façon à ce que celles-ci puissent trouver des solutions de remplacement adaptées.

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