
Parmi les préoccupations visant à valoriser la fonction des acteurs de l’enseignement supérieur se pose aujourd’hui avec acuité la question des compétences informationnelles qui les attendent dans un nouveau paradigme éducationnel.
« L’université doit rester le creuset d’une recherche innovante et d’une formation qualifiante » annonçait le 22 juin 2007, Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche dans un bilan de la concertation engagée depuis un mois sur l’autonomie des universités.
Quatre piliers sont ainsi mis en avant par la Ministre à savoir :
la vie étudiante ;
la revalorisation de la fonction d’enseignant-chercheur ;
l’attractivité de nos universités ;
la rénovation du statut des jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs ;
la réussite en Licence ;
le renforcement de nos diplômes pour une meilleure insertion dans le monde professionnel.
C’est précisément sur ce dernier point qui touche à la valorisation des formations universitaires pour des citoyens actifs et responsables qu’il convient ici de s’arrêter.
Pense t-on envisager le changement de l’université sans repenser la formation de ses acteurs ?
En effet, comment imaginer un seul instant à l’ère de l’information une université faisant aujourd’hui l’impasse et l’économie sur l’ « infor-formationnel » qui consisterait à former ses acteurs (enseignants, étudiants, administratifs, bibliothèques) à la dimension « culture et recherche informationnelle ? Car rien ne nous rendra, en effet à la situation d’avant le déluge informationnel !
Que deviennent alors ces acteurs de l’enseignement supérieur dont « l’organisation académique est culturellement réfractaire et structurellement inadaptée au management global des connaissances et dont la principale difficulté réside dans la l’incapacité à traiter des informations nouvelles ».
Voici en dehors d’une étude [1] que je vous recommande quelques défis qui attendent nos universités :
Vers un étudiant « consommacteur » de ses connaissances dans le monde professionnel
Notre enseignement est de plus en plus concurrencé par les médias et le numérique et la société dite complexe est aujourd’hui trop riche en informations, sollicitations et stimulations que recouvrent l’outil Internet en tant qu’outil relationnel et le concept de Web 2.0. (Blogs, Wikis, espaces collaboratifs, second life, mashups, push,...)
S’il n’est pas déjà trop tard, comment rentrer dans le flux de ces pratiques d’étudiants passés trop vite au stade de la société de l’information (« googlelisation » de l’information) et pour lesquels bien souvent la recherche informationnelle sur le Web demeurera bientôt la seule connue en rentrant à l’école (Digital natives). La difficulté à maîtriser un espace numérique grandissant nécessite à leur niveau une médiation efficace de l’information intégrant l’interprétation et la contextualisation de cette information dans un monde professionnel (Nouveaux intermédiaires entre l’usager et l’information).
La nécessité de leur donner les cartes pour affronter l’ingénierie sociale pour une meilleure cybercitoyenneté et intégration dans la société des savoirs doit être mise à l’ordre du jour.
La formation à l’utilisation d’outils de recherche et la mise à disposition de l’information pertinente et de ressources éducatives numériques par l’enseignant seraient les leviers de nouvelles pratiques en éducation car informer ne suffit plus aujourd’hui à informer !
“Il est clair que la connaissance humaine est plus exposée aux machines qu’elle ne l’a jamais été” (Danny Hillis de Metaweb).
Dans ce nouveau paradigme, notre système éducatif n’a pas encore prouvé qu’il était capable de reconfigurer la connaissance en mettant à profit de manière créative l’ensemble du système des connaissances disponibles aujourd’hui.
A l’heure ou la transmission unilatérale du savoir paralyse l’innovation pédagogique, Il est urgent que les enseignants puissent se rendre compte qu’ils ne sont plus la source principale de l’information véridique, du savoir canonique et qu’ils doivent se transformer et architecte du savoir tout en partageant la connaissance ! Terminé le "par cœur" aujourd’hui moins utile que la capacité à chercher et exploiter l’information nécessaire pour résoudre un problème Ils doivent se poser la question de savoir « comment vais-je faire pour que les étudiants apprennent ma matière ? Plutôt que « comment vais-je faire pour enseigner cette matière ? »
Il convient aussi après s’être formé aux habiletés informationnelles de faire construire à l’étudiant lui même son savoir et ses compétences en confrontant de nouvelles informations avec ses propres connaissances antérieures car le modèle de transmission de connaissances unilatéral est de moins en moins accepté (Cours magistral). L’évolution du volume des matières et la difficulté à choisir la bonne information juste à temps ne suffit plus non plus à amener nos étudiants à apprendre.
Ils veulent aussi comprendre l’utilité des savoirs enseignés et apprendre à les utiliser et les engage dans un questionnement et une recherche active de l’information allant au-delà du Web apparent et passant demain par le Web abyssal.
Les bibliothèques en général et les bibliothèques numériques existantes ou à venir font partie des acteurs dont la tâche se trouve revalorisée avec l’arrivée des TICE.
C’est l’occasion pour elles de s’immiscer dans les pratiques pédagogiques des enseignants, scénarii de cours et environnements numériques de travail pour les faire devenir des « architécaires », spécialistes bientôt du Web sémantique...
En effet, l’apport des TICE dans la gestion et le traitement de l’information rend la pédagogie à elle-même et permet le développement et l’ouverture vers une culture informationnelle qui peut-être comprise comme un ensemble de quatre dimensions que sont :
l’alphabétisme critique,
l’alphabétisme traditionnel / fonctionnel,
l’alphabétisme social
l’alphabétisme technologique
L’association du couple information et formation étant désormais indissociable, les bibliothèques devront comme les enseignants s’approprier de nouveaux moyens de recherche de l’information, y être formés et former ensuite les étudiants à la pratique de la veille manuelle et de la veille automatisée avec tout ce que cela comporte à savoir : le passage obligé par une démarche cartographique ; l’utilisation d’outils de recherche en dehors de Google ; l’intégration des flux RSS et la nécessité pour redonner une valeur à l’évaluation d’une description de la démarche de recherche adoptée pour arriver à l’information pertinente.
La réforme passe aussi par une veille technologique de la part de ces acteurs car d’ici un an il faudra prévoir l’explosion de réseaux sociaux et la naissance de foyers numériques ; d’ici deux ans une possible explosion en éducation de la téléphone mobile et des mondes virtuels ainsi que de la télévision personnalisée ; d’ici 3 ans, professeurs particuliers en ligne (Ex : Kelmatiere.com) ; d’ici 4 ou 5 ans : nouvelles formes d’évaluation et système ludo-éducatif multi-joueurs,...
C’est à ce prix que nous pouvons changer notre enseignement supérieur dans la société des savoirs que l’on voudrait partagés. Il faut néanmoins en convaincre les directions.
[1] Voir note d’approfondissement, Gautheron, I. « Capitalisation et gestion des savoirs dans les organisations académiques : opportunités, limites et enjeux », CNAM IESTO/DESTO DISC 261, 2004