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N°25 - Avril 2008
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Quelle place pour Paris dans le système universitaire français ?

Myriam Baron et Sandrine Berroir
Maîtres de conférences, Université Paris Diderot

Paris occupe une place originale dans le paysage universitaire français, tant du point de vue de la densité que de la spécialisation relative de son offre de formation universitaire. Pour autant, dans le jeu des concurrences inter-régionales, l’attraction francilienne est moins forte qu’attendue. Aujourd’hui, la métropole parisienne est confrontée à un éclatement de son dispositif universitaire, contribuant à une faible lisibilité de son offre de formation.

Les trente dernières années ont été marquées par une forte croissance du nombre des bacheliers et par une « massification » de l’accès aux études universitaires. Dans un tel contexte, l’équipement universitaire a été considéré de plus en plus comme un service de proximité et l’offre de formation universitaire est devenue de plus en plus professionnalisante. Parallèlement, les liens entre université et aménagement du territoire n’ont fait que se renforcer. Dans la mesure où un tel équipement s’est affirmé comme un levier incontournable du développement économique et social des villes et des régions, sa présence constitue une priorité dans leurs stratégies de développement. Enfin, le plan « Université 2000 » mis en œuvre au tournant des années 90 a fait du rééquilibrage de la carte universitaire un objectif prioritaire. Tout ceci a conduit à un développement sans précédent du nombre de villes proposant au moins une formation universitaire.

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Cependant, aujourd’hui, les logiques de concurrence internationale, de compétitivité entre économies de la connaissance poussent à reconsidérer l’extrême dispersion territoriale de l’offre de formations universitaires en France. Cette dernière est interprétée comme un facteur de fragilité du système universitaire national car elle privilégie la proximité de la demande sociale de formation, le rapprochement entre mondes des entreprises et des universités aux dépens de concentrations nécessaires pour rendre lisibles les offres de formations et de recherche urbaines, régionales et nationales. La question de la place de Paris dans le système universitaire français s’inscrit pleinement dans ce débat. A l’échelle nationale, comment faire de Paris un nœud de formation universitaire de dimension internationale sans nuire au développement des principales villes universitaires régionales ? A l’échelle intra-métropolitaine, comment aujourd’hui recomposer une offre très dispersée au sein de 17 établissements, peu lisible de l’extérieur, sans remettre en cause la notion d’équipement de proximité ?

La concentration parisienne d’étudiants est souvent soulignée : quelques 380 000 étudiants inscrits, soit près de 25% de l’ensemble des inscrits dans les universités françaises - niveau de concentration bien supérieur à celui de la population dans son ensemble (18%). Nombre de discours ont souligné le caractère dangereux d’une telle concentration. Dangerosité aux déclinaisons multiples : crainte des chahuts étudiants concentrés dans le Quartier Latin agitée depuis l’Université du Moyen-Age ; dénonciation de la prolétarisation de la condition étudiante et des diplômés dès le milieu du XIXème siècle ; enfin, depuis la seconde moitié du XXème siècle, déséquilibres territoriaux et centralisation. Au-delà de ce niveau exceptionnel de densité, l’originalité de l’offre parisienne de formation repose sur une réelle spécificité d’une part pour les premiers cycles avec les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, d’autre part dans le poids dominant des masters.

A elle-seule, Paris concentre près du tiers de l’offre nationale de spécialités de masters. Très loin derrière viennent de grands pôles universitaires comme Aix-Marseille, Lyon ou Toulouse. La spécialisation de la région capitale ne concerne alors que quelques disciplines : Langues, Lettres et Sciences Humaines et, dans une moindre mesure, Droit, Economie et AES. L’évolution de cette offre individualise également l’Ile-de-France. Contrairement aux autres régions, la spécificité de l’offre francilienne est ancienne et stable depuis au moins vingt ans. Les autres régions ont soit accentué leur spécialisation dans une offre de formations professionnalisantes, soit diversifié à l’extrême cette même offre. Finalement, une très forte rupture se manifeste entre l’Ile-de-France et les régions limitrophes du Bassin parisien. Force est alors de constater que les rééquilibrages souhaités pour les localisations de formations de fin de parcours n’ont pas eu lieu.

L’attractivité du système universitaire francilien est-elle à la hauteur de ce potentiel exceptionnel de formations ? La région reste - et de très loin - la première destination des étudiants. Elle accueille près du quart des européens ayant choisi la France dans le cadre des programmes Erasmus. En fait, au jeu de l’attractivité migratoire, le rôle de Paris est quantitativement moins fort que ne le laisserait envisager sa concentration. Et ceci surtout pour les étudiants provinciaux.

L’attractivité francilienne se renforce néanmoins avec le niveau de formation. Si près de deux étudiants de premier cycle sur dix, originaires de province, gagnent l’Ile-de-France, ce taux s’élève à plus de trois sur dix pour les troisièmes cycles. L’attractivité parisienne doit aussi être appréciée en fonction de sa capacité à retenir les étudiants de ses 17 universités. Ceux-ci sont moins enclins que les provinciaux à quitter leur région pour poursuivre leurs formations. La variété de l’offre, l’efficacité des systèmes de transport intra-régionaux sont autant de facteurs qui peuvent rendre familière l’offre régionale et favoriser une mobilité intra-métropolitaine plutôt qu’inter-régionale.

Les partenariats tissés entre universités dans le cadre des masters éclairent aussi certaines des modalités d’articulation du pôle francilien avec ceux de province. Certes, pour les universités de province, les liens à grande distance pratiqués dans les partenariats de masters restent encore nettement dominés par la polarisation parisienne. Pour autant, cette polarisation ne crée que très exceptionnellement des situations de dépendance exclusive à l’égard de Paris. Par ailleurs, l’Ile-de-France a faiblement connecté ses espaces environnants. Le potentiel exceptionnel de mise en réseau de la région capitale contraste avec le faible niveau d’intégration territoriale des périphéries du Bassin parisien.

Une image ambivalente finit par s’imposer pour qualifier la place de Paris dans le système universitaire français.

Certes, son niveau de concentration reste exceptionnel, la spécialisation de son offre continue de s’affirmer. Mais l’attraction exercée marque le pas au profit des pôles universitaires importants de province. De plus en plus, Paris apparaît comme un « isolat », marqué par des fonctionnements spécifiques. Aujourd’hui le débat porte sur la fragilité du système universitaire francilien et sa nécessaire recomposition. La dispersion de ses sites universitaires a contribué à un certain éclatement du dispositif, devenu opaque, difficilement fonctionnel (mauvaise lisibilité de l’offre, obsolescence des équipements, difficulté de logements pour les étudiants etc.). Face à ce diagnostic partagé, un certain nombre de logiques de regroupements (PRES, RTRA ...) vise à redessiner la carte des attractivités universitaires dans la métropole francilienne. L’efficacité de telles politiques est une question ouverte. Car, en Ile-de-France, les logiques descendantes constitutives des PRES apparaissent assez divergentes des pratiques réelles de coopération inter-universitaires sous-tendues par de fortes logiques disciplinaires.

Bibliographie :
-  Myriam Baron, « Les migrations étudiantes dans le système universitaire français au début des années 90 », Revue d’Economie Régionale et Urbaine, 2005, n° 2, p. 281-300.
-  Baron M., Caro P., Cuney F., Perret C., Mobilités géographiques étudiantes : quelles disparités interrégionales ? Paris, convention de recherche CNRS-MENRT-DATAR, 2005.
-  Myriam Baron, Sandrine Berroir , « Paris et le système universitaire français : mythe et réalités », Annales de Géographie, 2007, n°655, p.3-22.
-  Sandrine Berroir, Nadine Cattan, Thérèse Saint-Julien, « L’attraction des universités des villes nouvelles françaises », Les Annales de la Recherche urbaine, 2005, n° 98, p.68-74.
-  Sandrine Berroir , Nadine Cattan, Thérèse Saint-Julien, « Partenariats scientifiques et mises en réseaux du Bassin parisien », Rapport de recherche pour la DREIF, 2007, p. 152.

Crédit Image : Flickr, Chocolat blanc

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