Depuis plus de dix ans, l’association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP) effectue un suivi et une publicisation des recrutements académiques opérés en science politique. Bien que limitée, cette action a permis une certaine moralisation de ces recrutements.
Il était une fois des jeunes chercheurs (doctorants ou docteurs) en science politique exaspérés par les biais que notre pays ne connaît que trop bien en matière de recrutement académique : opacité, localisme, népotisme... Ils décidèrent de créer une association afin de tenter de juguler ces maux dans leur discipline. L’ANCMSP (association nationale des jeunes chercheurs en science politique) était née.
Depuis lors, notre association, animée par de jeunes chercheurs régulièrement renouvelés, effectue lors de chaque session (printemps et automne) un suivi précis des recrutements : postes ouverts, fléchages, dates des auditions, candidats auditionnés sur chaque poste, classement final et candidat recruté (dans les cas où un même candidat est classé 1er sur plusieurs postes). Cela a été rendu possible par la création d’une liste de diffusion d’informations, sur laquelle la majeure partie des politistes est inscrite, et qui sert de support de publicisation de ces éléments recueillis soit auprès des membres des commissions de spécialistes, soit auprès des candidats eux-mêmes (ou encore auprès de membres de la liste ayant accès à ces informations).
Cette action est renforcée par plusieurs éléments. D’abord, les informations recueillies sont également répercutées dans le bulletin que nous adressons à nos membres (Système D) et publiées sur notre site Internet. Ensuite, nous avons depuis plusieurs années élaboré avec l’Association des enseignants-chercheurs en science politique (AECSP) une Charte du recrutement, édictant les bonnes pratiques en matière de recrutement (publication des informations, décision des dates d’audition à l’avance pour les tarifs « transport » et pour éviter les chevauchements...), que nous demandons aux présidents des commissions de spécialistes de signer. Cette charte n’a toutefois remporté qu’un succès mitigé : les commissions traditionnellement « vertueuses » signent, les autres s’abstiennent...
Enfin, et de manière complémentaire, l’ANCMSP est un lieu de réflexion collective sur les pratiques académiques, dans notre discipline et ailleurs, et particulièrement sur le recrutement. Nous avons en particulier depuis longtemps défendu diverses propositions en la matière, contribuant ainsi à lancer le débat.
Nous pensons que la prise de conscience, la réflexion et la discussion, aussi bien parmi les jeunes chercheurs que les titulaires, sont de nature à accroître la qualité (au moins formelle) des recrutements effectués et, de manière générale, des pratiques dans notre discipline. De fait, les associations de titulaires (Association des enseignants-chercheurs en science politique et Association française de science politique - AFSP) nous considèrent comme des partenaires et des collègues à part entière, tant sur un plan strictement académique que sur le plan de la réflexion et de l’action internes à la discipline.
Les moyens dont nous disposons pour tenter de publiciser - et par là même, de moraliser - les recrutements académiques sont toutefois limités. De fait, le succès que nous rencontrons apparaît en demi-teinte : il reste toujours des établissements qui ne communiquent jamais et dont les recrutements apparaissent toujours suspects.
C’est sans doute là la limite du « name and shame » : il faut que les « coupables » soient sensibles à la réprobation collective. Il est d’ailleurs probable que cette stratégie est d’autant plus facile à mettre en œuvre que la communauté qu’elle concerne est petite et possède des relais de communication interne efficaces.
La tâche risque même de devenir, dans le contexte de la loi LRU, extrêmement difficile voire impossible à mener à bien. En effet, notre capacité à suivre les recrutements reposait sur deux éléments : la concomitance dans le temps des recrutements (les sessions) ; la relative stabilité des recruteurs (l’existence des commissions de spécialistes). Or, ces deux éléments sont profondément modifiés par la loi LRU. D’une part, le recrutement des fonctionnaires pourra se faire « au fil de l’eau » : sera-t-il possible alors d’être réactif chaque fois qu’un poste sera ouvert ? D’autre part, les commissions de spécialistes (élues pour une durée déterminée) sont remplacées par des comités de sélection, nommés de façon ad hoc pour chaque poste ouvert. Dès lors, il sera beaucoup plus difficile de savoir à qui s’adresser pour effectuer le suivi du recrutement (d’autant que la composition des comités de sélection ne sera pas nécessairement publique).
Dans ce contexte, nous proposons aux différents acteurs de la communauté universitaire de réfléchir à de nouveaux moyens de moraliser les recrutements académiques. Une piste pourrait être qu’une coalition d’acteurs associatifs établisse une charte de bonnes pratiques et se donne les moyens d’en évaluer le respect par les établissements. Mais il est probable que ce travail devra se faire désormais dans un cadre supra-disciplinaire.