
Le Mensuel de l’Université : Chaque année, vous dressez un bilan contrasté. D’un côté, vous vous félicitez du nombre de bénévoles et du nombre croissant de dons, de l’autre vous constatez une hausse alarmante de la fréquentation des Restos du Cœur et de la pauvreté qu’elle révèle. Avez-vous parfois l’impression de remplir un tonneau percé ?
Olivier Berthe : Oui. Lorsque l’on voit, année après année, depuis 23 ans d’existence des Restos, que les chiffres sont en augmentation alors que, au départ, nous nous étions engagé à aider les personnes en difficultés à sortir d’une mauvaise passe, nous avons l’impression qu’il y a un combat sans fin à mener. Cette impression est renforcée par le fait que les politiques de prévention nécessaires ne sont pas menées. C’est cela, le pire.
Lorsque l’on constate que différents ministère supprime des postes d’encadrements sociaux dans le ministère de la justice pour les sortants de prison où l’aide sociale enfance, le ministère de la santé pour l’accompagnement psychiatrique, et que, après, ces personnes qui sortent de prisons, d’aide sociale à l’enfance, qui sortent d’hôpitaux psychiatriques alors qu’elles devraient être suivies par des travailleurs sociaux et rester dans des dispositifs encadrés, se retrouvent livrées à elles-mêmes donc viennent alimenter le nombre des sans-abri puis les centres d’hébergement, oui, on a l’impression de remplir un tonneau percé.
LMU : Plus concrètement, à quels blocages vous heurtez-vous ?
Olivier Berthe : Regardons l’aide européenne aux plus démunis. Cela fait cinq ans, que le Gouvernement français l’interpellation des Restos du Cœur ou d’autres associations pour défendre ce programme. Mais il faut que le Gouvernement français, notamment à l’occasion de la présidence française en juillet prochain, fasse une proposition pour le rénover au moment où seront proposés les propositions de rénovation de la PAC.
Il faut que, en Europe, le principe soit que tous les ressortissants des pays européens doivent pouvoir manger à leur faim et équilibré. Il ne faut plus que l’Europe, première puissance agricole au monde, laisse ses ressortissants de malnutrition ou d’innutrition. C’est au rôle des politiques de décider et d’organiser ce type de rénovation, ce n’est pas aux associations qui, année après année, relance cette idée.
Il faut rendre l’aide humanitaire inconditionnelle sur l’ensemble du territoire européen et que partout où l’on exerce une aide humanitaire, les personnes accueillies soient protégées ; il faut sanctuariser les lieux d’aide humanitaire. Partout où quelqu’un vient chercher une aide, il doit être comme en un lieu d’asile. Jamais la police ne devrait y intervenir.