Les réseaux sociaux se sont développés vers la fin des années 90 autour de réseaux de connaissances naturels, de citations bibliographiques, de collaboration d’experts. Aujourd’hui, avec le Web, ces graphes de relations sociales envahissent le monde universitaire.
Les universités tardent encore à rentrer dans le flux du web 2.0 [1] et de ses outils collaboratifs comme les blogs, les wikis et les communautés.
Elles auront du mal et mettront du temps, à mon sens, à les intégrer dans leur manière de penser, de communiquer et d’enseigner avec leurs étudiants.
Et pourtant si elles voulaient bien se donner la peine de rentrer dans ces espaces, elles pourraient apprendre beaucoup de leurs étudiants, de leurs activités et de tout ce qui touche à leur vie estudiantine et à celle de de leur établissement.
Sans aller jusqu’à évoquer ici les environnements parallèles de type Second life ou Cyworld, il convient aujourd’hui de s’intéresser à ces mondes qualifiés de réseaux sociaux, auxquels les universités, berceaux de ces espaces, doivent faire face de manière urgente.
Zoom sur les réseaux sociaux
A l’ère de l’Internet, il est surtout question de Réseau Social Electronique (RSE) comme le précise Alexandre Lienard, associé de la société Bucéphale Consulting [2]. Il désigne ainsi les RSE comme "des plateformes d’échanges Internet permettant à des individus abonnés d’entrer en relation avec d’autres membres dans le but de se construire un réseau". Ces graphes dont les noeuds sont des individus interconnectés par des liens représentant des relations sociales ont trouvé de nombreux adeptes dans presque tous les domaines de la société.
Outre atlantique le phénomène est plus connu sous le terme de « Social Networking » et ces liens sociaux passent principalement par le Web aux Etats-Unis où, par exemple, plus de la moitié des 12-17 ans sont utilisateurs d’un site communautaire de type MySpace (180 millions d’utilisateurs) En France la messagerie MSN attire 35 % des internautes. A la source nés dans les universités, les réseaux sociaux ont vite trouvé leur place aussi dans le e-business comme mise en relation de partenaires, fournisseurs, clients et experts (Ex : Linkedln, Xing, Viadeo) En dehors des affaires ils ont aussi pris place pour rassembler des personnes ayant des objectifs, des profils et des affinités en commun, de par le monde, et sans aucune frontière (Ex : Meetic et Friendster)
Pour aller plus loin encore Asmallworld, Asw pour ses membres, réseau le plus huppé de la planète est littéralement devenu "un petit monde, un club privé qui comporte tous les attributs dévolus à ce type d’établissement : accès réservé, soirées élitistes et bonnes affaires entre amis". Il réunit 250 000 personnes triées sur le volet qui vivent pour l’essentiel dans les grandes villes occidentales [3].
Ces applications représentent un marché conséquent puisque pour les seuls USA, on prévoit un chiffre d’affaires des réseaux sociaux de 2,5 milliards de dollars à l’horizon 2011 contre 350 millions en 2006. La France est dominée par la plateforme Viadeo (ex-Viaduc).
Ce service leader lancé en 2004 compte plus de 750 000 profils à ce jour. Dans les autres pays, c’est LinkedIn qui domine généralement avec plus de 9 millions d’utilisateurs dans 135 pays [4].
Conscient de cet engouement Google ne pouvait rester sur la touche et a donc créé dernièrement OpenSocial [5], une plateforme de développement pour les réseaux sociaux regroupant actuellement Orkut, LinkedIn, Ning, Hi5, Plaxo, Friendster, Viadeo, Zlio et Myspace.
L’entrée de Microsoft, fin octobre 2007, dans le capital de Facebook, le site de réseaux sociaux le plus consulté sur le Web, illustre également l’intérêt des géants du secteur de l’information et de la communication pour la nouvelle génération des start-up nées des usages communautaires, gratuits et collaboratifs d’Internet. "L’audience croissante de ces sites génère en effet de fortes ressources publicitaires. Mais les risques de formation d’une nouvelle bulle financière s’ajoutent aux craintes suscitées par la constitution d’immenses fichiers de données personnelles" comme le précise le Journal Le Monde du 27/11/2007 [6].
Quelles applications dans le monde universitaire ?
Les premiers réseaux sociaux d’origine allemande comme Xing et leur équivalent français Viadeo au niveau professionnel, Widiwici pour les sportifs amateurs, Train d’union pour les voyageurs, Via Familia pour les familles, Peuplade pour les voisins de quartier ont été autant de leviers au développement des réseaux sociaux en éducation. A ce titre, on a vu naître dés 2001 les Copains d’avant pour les retrouvailles, ReseauCampus pour le ciblage des étudiants, Bahu pour les lycéens,...
Désormais ces sites sont concurrencés par PhotodeClasse et Trombi, et dernièrement CopainsPro qui s’est placé sur le marché de Viadeo et Xing.
Conscient que les trombinoscopes (facebooks)des universités étaient d’un autre âge, le jeune Marc Zuckerberg (né en 1984) a aussi mis en place son site de réseau social, Facebook en février 2004. Il en a ensuite élargi l’accès aux militaires avant de l’ouvrir à tous. Facebook compte aujourd’hui près de 60 millions de membres dans le monde !
Steven Lévy dans un article du numéro spécial du Courrier International [7] l’a interviewé. Ce créateur voit dans son outil comme "une construction mathématique représentant le réseau social réel de chaque être humain sur la planète". Véritable graphe social des gens que vous connaissez, des amis, des collègues, Facebook a su traduire selon lui de manière trés précise les liens réels entre individus qui peuvent y organiser toutes leurs activités. Facebook est en phase de devenir le leader devant MySpace en quelques mois.
A l’université comme ailleurs, les réseaux sociaux tendent de plus en plus vers une optique de cooptation et de recommandation.
Dans un article des Enjeux-Les Echos du 29 octobre 2007 [8] on peut ainsi lire : RéseauCampus, un " cercle " d’étudiants fort de 50 000 adhérents et de près d’une centaine d’établissements dont plus de 30 % des étudiants sont inscrits sur le site. " Ils peuvent y trouver des stages ou une colocation mais surtout l’occasion de nouer des liens entre eux ", explique son jeune fondateur, Nicolas Vauvillier. " Le groupe de discussion permet de rompre la glace et facilite la rencontre bien réelle ", confirme Guillaume, étudiant d’une école d’ingénieurs.
Ainsi ne serait-ce que pour son curriculum vitae, l’étudiant à tout à gagner pour une mise en relation plus directe avec le réseau des entreprises et recruteurs qui incluent de plus en plus les blogs et les réseaux sociaux dans leur stratégie de recherche de personnel.
Les plateformes de réseaux sociaux sont appelées ainsi à se développer et à s’adresser de plus en plus à un public varié d’étudiants.
Ces "hubs" regroupant des centres d’intérêt sont aussi autant de possibilités pour un étudiant de rentrer dans le cercle de l’expertise d’un domaine pour un questionnement voire un approfondissement d’une problèmatique. (J’ai ainsi retrouvé un de mes étudiants sur Facebook qui souhaitait rentrer et partager mon réseau d’expertise avec d’autres experts sans se rendre compte que j’appartenais à cette communauté !)
Quelle a été aussi ma surprise en tant qu’enseignant de m’apercevoir qu’à l’ouverture de mon inscription sur Facebook plus d’une centaine de mes étudiants appartenait déjà à ce réseau.
Les réseaux sociaux sont aussi un formidable outil de veille et de partage de connaissances pour l’université qui peut intégrer ces outils par exemple dans les scénarii pédagogiques des plateformes de ressources ou ENT Environnements numériques de Travail).
En effet, rien ne m’a étonné ensuite en voyant arriver de Facebook un message d’un étudiant me demandant mon avis sur un travail à réaliser suite au cours... Que faire au niveau de l’enseignant si ce n’est rentrer dans le flux des outils de ses étudiants ? La question posée sur cet espace ne m’aurait peut-être pas été posée en cours ?
Les communautés ont de tout temps existé dans nos société mais avec le dynamisme du Web, on le voit ici il existe dans tous les domaines et principalement celui de l’enseignement supérieur et de l’université un engouement pour ces communautés pas aussi virtuelles que l’on voudrait bien nous le laissait entendre.
Comment sera l’étudiant de 2015 ? plus social, plus solitaire, d’une intelligence plus polyvalente ? L’université saura t-elle extraire de cette mouvance un modèle pédagogique fiable car, quelle que soit la forme et l’orientation qu’ils prendront, il y a fort à parier pour ces réseaux sociaux dans l’enseignement au XXIe siècle et pour le développement de l’intelligence collective. En effet, réseautage, capital social et surtout polyactivité ne sont-ils pas les véritables atouts de nos sociétés futures ?
[1] Le terme Web 2.0 a été lancé par Tim O’Reilly en 2003 (voir http://www.oreilly.com)
[2] http://www.bucephale.be
[3] Source : Journal Le Monde du 27/12/07
[4] Source : Livre Blanc Web 2.0 Digimind Services. Juin 2007
[5] http://code.google.com/apis/opensocial/
[6] Le Web 2.0, un monde du gratuit qui vaut de l’or
[7] Courrier International hors série "Révolution Web 2.0,quatrième trimestre 2007
[8] Réseaux sociaux : "Tisser sa propre toile sur la Toile", 29/10/07 - 18H14 Enjeux-Les Echos)