Le réchauffement climatique enfante-t-il des cyclones de plus en plus dangereux ? Karl HOARAU, Maître de conférences au département de géographie de l’université de Cergy-Pontoise, émet des réserves.
Le risque cyclonique, c’est-à-dire les dangers que font peser les cyclones sur l’homme, s’accroît-il ? L’urbanisation croissante et anarchique des côtes est un premier facteur de risque qui fait consensus. Le second facteur résiderait dans l’extension des zones des cyclones tropicaux due à une élévation de la température de la mer. Pendant l’été 2005, alors que s’abattait Katrina sur la Nouvelle Orléans, des chercheurs américains de renom ont évoqué l’idée d’une corrélation entre le réchauffement climatique, sur lequel les scientifiques s’accordent, et une recrudescence de cyclones violents. Karl Hoarau met en doute leurs conclusions.
En 2004 et 2005, 27 tempêtes et ouragans ont frappé les Etats-Unis dont 5 de catégorie 4 et 5 (vents entre 225 et 260km/h). Katrina, en août 2005, qui a causé la mort de près de 1000 personnes, a marqué les esprits. Dans les médias, la catastrophe s’est superposée au phénomène de dérèglement climatique.
Pourtant, explique Karl Hoarau, Katrina n’a pas été un cyclone extraordinairement violent. Le cyclone, qui était en pleine force au milieu du Golfe du Mexique, aurait pu apporter avec lui des rafales à 350km/h. Mais il s’est sensiblement affaibli lorsqu’il entré sur les terres, ainsi privé de l’air humide de l’Océan. A ce stade, le cyclone était passé en catégorie 3 : les rafales n’ont pas dépassé plus de 180 km/h à la Nouvelle Orléans, soit l’équivalent de la tempête de 1999 en France. On aurait eu moins à craindre d’un cyclone plus intense avec des vents très violents au centre et beaucoup plus faibles à l’extérieur, du type Wilma, spirant tout sur sont passage sur un diamètre de 50km. Katrina, nettement moins violent, a balayé la zone avec un diamètre de 550 km, les eaux du lac ont fait rompre les digues qui ont entraîné les inondations meurtrières. Enfin, il est quasi impossible de relier ce genre d’événement au bouleversement climatique complexe et encore peu étudié.
Deux études ont été produites en 2005 alimentant l’emballement médiatique. L’étude parue dans la revue Science, par Webster, Holland, Curry et Chang [1] , avance que le nombre de cyclones de catégorie 4 et 5 (215km/h en moyenne, 250 en rafale) aurait doublé entre 1970 et 2004 sous l’effet du réchauffement climatique (0,8° c en 90 ans). La mer se réchaufferait deux fois plus lentement. Karl Hoarau réfute l’affirmation d’un lien clair entre réchauffement et cyclones et remet en cause la qualité des données utilisées par les chercheurs. Selon lui, dans les régions où les données sont les plus sûres, il n’y a pas de recrudescence du nombre de cyclones ; par contre l’écart, est probant dans les régions les moins bien observées. Pour Karl Hoarau, les chercheurs ont sous estimé le nombre de cyclones dans ces régions. L’universitaire a ré-analysé les données et repéré 5 cyclones pour l’Océan indien par exemple, là où les américains en comptent 1. En règle générale, la qualité des données fait débat et exige un profond travail d’investigation.
De plus, il n’est pas convaincu par la relation qu’il y aurait entre l’intensité d’un cyclone et la température de l’eau. Dans le Pacifique Ouest, où les reconnaissances aériennes existent depuis 1950, les données font apparaître une augmentation significative du nombre de cyclones de catégorie 4 et 5 depuis 1995. Elles coïncident avec des anomalies positives de la température de la mer. Pour Wilma et Katrina, on a observé des anomalies de 1°c de la température de l’eau. Mais l’on trouve également un nombre comparable de cyclones intenses entre 1950-64 avec des anomalies négatives de la température de la mer. Selon Karl Hoarau, l’ensemble des travaux menés aurait exigé une plus grande rigueur scientifique dans la collecte alors que l’analyse des données semble avoir été malmenée par les ambitions des chercheurs et la frénésie d’une course aux fonds.
L’universitaire n’exclut pas qu’à plus long terme, les changements climatiques pourront affecter la formation de cyclones violents. Si l’on considère une hypothèse réaliste d’augmentation de 1% par an du gaz carbonique, la température de la mer pourrait prendre 1 ou 2°c d’ici 2080. Le réchauffement des mers donnerait d’avantage de carburant aux cyclones dont le domaine géographique pourrait s’étendre à des zones qui n’étaient pas concernées, comme l’a fait Vince dans le sud-ouest de l’Europe. Le second paramètre à observer est le refroidissement de la stratosphère où le sommet des cyclones se crée. Sous l’effet de serre, les rayons du soleil sont emprisonnés dans la troposphère et ne peuvent pas repartir vers la stratosphère ; en basse stratosphère, le refroidissement s’est accéléré entre 1978 et 2000. Avec des nuages plus froids au sommet et des mers plus chaudes, la pression à l’intérieur du cyclone pourrait baisser et former des cyclones plus violents. Enfin, Karl Hoarau rappelle la difficulté, pour l’heure, de séparer les cycles naturels des cyclones des effets attribués à l’homme.
[1] « Changes in Tropical Cyclone Number, Duration, and Intensity in a Warming Environment »