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N°24 - Mars 2008
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« L’Etat se décharge de plus en plus sur les associations locales »

Entretien avec Raymond Etienne
président de la fondation Abbé Pierre

Le Mensuel de l’Université : Les associations sont-elles le relais des actions publiques de lutte contre la pauvreté, ou bien est-ce l’inverse ?

Raymond Etienne : L’Etat se décharge de plus en plus sur les associations locales. Il nous donne de l’argent pour que l’on fasse son travail mais nous soutient financièrement de moins en moins. Dans le même temps, il compte sur nous pour en faire de plus en plus. Certains centres d’accueil sont aujourd’hui dans une situation honteuse, faute de moyens. Cette situtation ne date pas d’hier. Le premier plan, monté par Mme Georgina Dufoix, nous avais versé, je crois, environ 1 milliard de centimes de l’époque. Nous avons investi, engagé du personnel. Nous nous sommes retrouvés l’année suivante sans argent. Chaque année, les associations doivent revenir à la charge, solliciter à nouveau une aide de la part des pouvoirs publics. C’est d’autant plus pénible qu’une grande partie du travail social que nous menons est réalisé par des bénévoles qui, par définition, ne coûtent rien à l’Etat !

LMU : Avez-vous parfois l’impression de remplir un tonneau percé ?

Raymond Etienne : Non, je ne dirais pas ça. Des avancées importantes ont été réalisées en matière de logement. Les hommes politiques font de bonnes lois...le seul problème est qu’ils ne se donnent pas assez souvent la peine de les appliquer ! Les lois Besson, Méhaignerie, la loi Quillot en sont des exemples. L’Etat doit être garant des loyers par rapport aux bailleurs privés, et pas seulement pendant six mois de l’année.

LMU : S’il fallait ne retenir qu’une seule mesure demandée par la Fondation Abbé Pierre, ce serait laquelle ?

Raymond Etienne : L’Abbé Pierre était très fier de la loi SRU. Il faut l’appliquer. Il faut avoir le courage de contraindre les municipalités à appliquer la loi. Il y en a encore beaucoup trop qui préfèrent payer plutôt que de construire des logements sociaux.

LMU : Quel regard portez-vous sur les « Enfants de don Quichotte » ?

Raymond Etienne : Ce sont des gens courageux, que je respecte, même si nous n’avons pas toujours été d’accord avec eux. Dans certaines villes, c’est parce que l’on craignait de voir arriver les « Enfants de Dons Quichotte » que les choses ont bougé l’hiver dernier.

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