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N°12 - Janvier 2007
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« Initiative post-doc » ou l’institutionnalisation des mauvaises habitudes

La Guilde des doctorants

Malgré de bonnes intentions, les programmes « d’aide au retour des post-doctorants » ne s’attaquent pas aux problèmes du recrutement des chercheurs en France, et n’aident en rien les recruteurs à faire un vrai choix dans de bonnes conditions. Ils sont inefficaces et entretiennent ou justifient les mauvaises habitudes et les défauts du système français.

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Comparé aux normes et aux pratiques internationales, le système Français de recrutement des chercheurs et enseignants-chercheurs est préhistorique. L’opacité et le manque d’information sont habituels. Les critères de choix du candidat sont rarement explicités. Les auditions prennent la forme d’une présentation ritualisée de 15 minutes devant une commission pléthorique, rendant illusoire tout examen sérieux d’un dossier. Les modalités de l’audition ne sont pas aménageables (impossible de recourir au téléphone ou à des vidéoconférences), et les frais de déplacement sont à la charge du candidat. L’ensemble contribue à entretenir une série de maux endémiques au recrutement français : importance des canaux non-officiels et des contacts préalables ; refus de la prise de risque lors du recrutement, et refuge sur la valeur sûre représentée par les candidats déjà connus ; et donc, importance démesurée des recrutements « locaux » ou « arrangés à l’avance », qui ne sont qu’un palliatif à un système qui ne permet pas aux commissions de faire leur travail dans de bonnes conditions, en dépit de la bonne volonté de leurs membres !

A l’heure où une part croissante des candidats sont installés à l’étranger (« post-doc »), le problème se pose avec une acuité renouvelée : il leur est difficile d’avoir accès aux informations officieuses, peu commode de construire des projets avec une équipe Française, et un déplacement pour une audition représente un investissement disproportionné en temps et en argent. Dès lors, il n’est pas étonnant que les post-docs, immergés dans un système autrement plus souple, hésitent d’autant plus sérieusement à revenir en France que les modalités du recrutement transforment le retour au pays en une course d’obstacles.

Le programme « Initiative Post-Doc », lancé il y a deux ans, vise à « encourager et faciliter le retour en France des meilleurs post-doctorants français en vue de leur insertion professionnelle au sein du système national de recherche, développement et innovation ». Il permet de « financer pour un montant compris entre 3 000 et 5 000 € les frais de voyage et de séjour en France engagés pour rencontrer des responsables de laboratoires publics ou privés susceptibles de l’accueillir ». Ces bourses apparaissent pourtant comme une fausse bonne idée :

Elles ont pour but de contourner un règlement inapplicable. Chacun sait que le principe du recrutement via une audition de 15 mn ne permet pas à la commission de faire un choix éclairé. Il est donc couramment admis qu’il est nécessaire de nouer des « contacts préalables » avec le laboratoire d’accueil, pour monter des « projets de collaboration ». Ce sont ces contacts que le projet IPD vise à favoriser. Cependant de tels contacts sont une rupture de « l’égalité de traitement des candidats », principe cardinal des recrutements dans la fonction publique. Les bourses IPD sont donc un détournement de l’esprit des recrutements de la fonction publique.

Elles sont attribuées sur des critères inadaptés. La logique voudrait que le critère de choix soit les chances d’un candidat d’obtenir un poste, ou la qualité intrinsèque de son projet scientifique. Pourtant, il n’en est rien : le dossier de candidature demande les résultats obtenus à tous les examens depuis le bac inclus ! Quelle peut être la pertinence d’une telle information pour juger de la qualité d’un projet de recherche ? D’excellents chercheurs se sont vus refuser une bourse au motif que leur « parcours était atypique » (passage par un BTS) ! L’usage de l’argent attribué n’est pas clair. Sert-il à payer le voyage en France pour les auditions ? Mais la logique voudrait que ce soit - à l’instar de leurs équivalents internationaux - les « recruteurs » qui prennent en charge les frais des candidats qu’ils trouvent intéressants. Ou bien est-il destiné à financer des contacts et des projets de recherche, en collaboration avec une équipe Française ? Mais en quoi l’existence d’une collaboration permet-elle de juger de la qualité d’un candidat ? Le résultat est de renforcer une des déviances du système Français, qui est la prime à la « personne avec qui on travaille déjà » (candidat « local »). Elles ne contribuent pas à donner envie de revenir en France. Pour ceux des post-docs qui restent à l’étranger, rebutés par la lourdeur du système Français, un tel dispositif, qui ne fait que renforcer les défauts des procédures actuels, ne contribue à rien à encourager leur retour.

Une initiative à même de faire avancer les choses aurait visé à mettre en place un système qui permette aux recruteurs de définir leurs besoins, et de rencontrer des candidats de façon assez approfondie pour pouvoir faire un choix éclairé. A l’inverse, loin de favoriser un choix serein du candidat le mieux adapté, les bourses IPD entretiennent et renforcent les différentes dérives du système français : refus du risque lors du recrutement, clientélisme, etc. Elles transforment le choix d’un chercheur à recruter en une sorte d’examen, où les résultats scolaires seraient plus importants que l’activité de recherche en cours ou future. En l’état, ces bourses ne font qu’institutionnaliser les dérives du système de recrutement français.

Jean-François Moyen, post-doctorant en Afrique du Sud (2003/2006), actuellement lecturer (University of Stellenbosch, South Africa) pour

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