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N°25 - Avril 2008
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Élections législatives italiennes : Berlusconi de retour

Entretien avec Jean-Louis Briquet
chercheur en sciences politiques au CNRS, rattaché au CERI

Spécialiste de la vie politique italienne contemporaine, Jean-Louis Briquet commente le possible retour au pouvoir de la droite italienne à quelques jours des élections (13-14 avril 2008) tout en rappelant l’importance de la singularité de la loi électorale transalpine.

Le Mensuel de l’Université : De quoi le retour du Cavaliere est-il le signe ?

Jean-Louis Briquet : Ce retour s’explique notamment par le fait que les partis de droite sont parvenus à s’implanter solidement dans la vie politique italienne. « Forza Italia » était une force politique jugée très éphémère au moment de son apparition en 1994... mais elle dure. La droite italienne s’est enracinée, a gagné des voix et compte des soutiens locaux et régionaux importants. Ces paramètres ont été favorables à l’accession au pouvoir de Berlusconi.

Mais sa seule personnalité n’est pas l’unique cause du potentiel « succès » de la coalition de droite. L’appareil partisan de « Forza Italia » et des partis qui lui sont ralliés (héritiers des partis conservateur et fasciste), s’appuie sur des structures locales efficaces.

LMU : Comment expliquer la durabilité politique de M. Berlusconi, malgré l’âge et malgré les « affaires » ?

J-L.B : Il est actuellement le mieux placé pour faire consensus et conserver un réel leadership à droite, même si les élections de 2006 ont vu émerger de vraies rivalités et tensions au sein de la droite.

Les élections anticipées aujourd’hui obligent la droite, pressée par l’urgence, à se rassembler autour de Silvio Berlusconi, consciente qu’il peut la mener au pouvoir. Il a conservé et consolidé sa position sur l’échiquier politique, malgré son âge. Néanmoins, la question du leadership sera certainement débattue après les élections.

Les multiples soupçons de corruption sont moins utilisés par la gauche italienne, très attachée effectivement par le passé à élever le débat politique sur le terrain controversé de la morale.

L’ « antiberlusconisme » est aujourd’hui relégué au second plan par la gauche parlementaire. La rhétorique politique a changé.

LMU : Selon vous, le Parti Démocrate acceptera-t-il de s’associer à une Grande Coalition que semble vouloir Berlusconi en cas de victoire de la droite ? Berlusconi peut-il faire figure de rassembleur ?

J-L. B : L’idée fut abordée, mais vite délaissée. Veltroni, lui, l’a refusé publiquement.

La loi électorale en Italie fait qu’une prime de majorité à la coalition qui arrive en tête est reconnue pour l’élection à la Chambre des députés.

Si une coalition arrivait en tête, même avec très peu de voix d’avance, elle serait garantie d’avoir une majorité relativement large. Elle n’a donc pas besoin d’alliance pour constituer un gouvernement.

La situation est différente pour les élections au Sénat. La prime de majorité est distribuée non pas à l’échelle nationale, mais à l’échelle régionale. Les équilibres régionaux sont tels que le contexte politique italien pourrait connaître à nouveau une crise de l’ampleur du gouvernement Prodi (parité exacte, sénat ingouvernable).

Dans l’hypothèse d’une parité, cette solution de coalition pourrait être avancée par les acteurs politiques. Mais elle reste très incertaine et impopulaire.

Seul un constat d’ « ingouvernabilité » dû par exemple à une parité au Sénat pousserait les principales forces politiques italiennes (le Parti démocratique et la coalition de droite, « Casa delle Liberta ») à choisir la solution d’une gouvernance partagée et de transition. On en est cependant loin aujourd’hui.

Crédit image : Flickr - vas vas sous licence Creative Commons
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