Archives

Archives

N°25 - Avril 2008
Choisissez un numéro :

Au fil des élections italiennes... une instabilité chronique ?

Entretien avec Hervé Rayner
Docteur en science politique, membre de l’Institut des sciences sociales du politique (ISP) -CNRS

LMU : Les élections législatives italiennes se tiendront les 13 et 14 avril prochain, suite à la démission du Gouvernement Prodi fin janvier, dont la durée de vie n’aura pas été très longue. Les Italiens vivent-ils mal cette instabilité gouvernementale ou bien cela fait-il encore partie pour eux de la normalité politique ?

Hervé Rayner : Il faut d’emblée souligner que l’évolution actuelle est un peu à contre-tendance : l’Italie semblait se réorienter vers une consolidation de l’exécutif. Les deux précédentes législatures sont allées à leur terme, ce qui n’était pas arrivé depuis 1968. La démission du gouvernement Prodi est beaucoup liée à la nouvelle loi électorale qui a été votée dans la précipitation fin 2005, dans la perspective des élections de 2006 : elle est redevenue principalement proportionnelle. En outre, les résultats de 2006 ont été exceptionnellement serrés. La majorité du gouvernement Prodi était très étroite au Sénat, ce qui pouvait augurer du pire pour ce gouvernement. Signe manifeste de ce besoin d’élargissement : le gouvernement Prodi était composé de 103 membres. Le risque de veto entre croisés était évident : les toutes petites formations politiques ont un droit de veto important.

LMU : Pensez-vous qu’une nouvelle loi électorale sera promulguée après les élections ?

Hervé Rayner : Cela dépendra beaucoup des rapports de force résultant de l’élection, notamment au Sénat. La répartition des sièges à la Chambre et au Sénat n’est pas la même. Si Berlusconi l’emporte avec une confortable avance au Sénat, rien ne permet de penser qu’il souhaitera faire adopter une réforme de la loi électorale...au contraire.

LMU : Des coalitions nouvelles ont été formées. Quel est le dénominateur commun entre les Démocrates de gauche (postcommunistes) et la « Marguerite » (d’inspiration démocrate-chrétienne) qui ont fusionné à l’automne dernier pour former le Parti Démocrate ?

Hervé Rayner : Je crois que ce qui les rassemble, c’est davantage une convergence sur un leader. Le parti a été crée surtout pour permettre à Veltroni de porter sa candidature, avant même que les élections aient été décidées. Des primaires ont été organisées mais sans être réellement concurrentielles et Francesco Rutelli, ancien leader de la « Marguerite » et ancien maire de Rome, a été plus ou moins marginalisé.

LMU : Le choix de Veltroni de se défaire de l’aile gauche de l’ancienne coalition menée par Prodi, pour constituer un pôle de centre-gauche autonome, vous paraît-il avoir des chances de réussir à se maintenir sur le moyen terme, au-delà des élections ?

Hervé Rayner : Ce pari me semble difficile à tenir. Le calcul que font Veltroni et ses conseillers est que les voix du centre qu’ils pensent récupérer compenseront les pertes à gauche. Ce qui est risqué. Il espère prendre des voix au centre gauche. L’autre inconnu sera le score de cette gauche arc-en-ciel.

LMU : La liste unique « Gauche Arc-en-Ciel » est-elle essentiellement fondée en réaction au centre-gauche ou sur une base programmatique commune ?

Hervé Rayner : En l’état actuel de cette formation, qui rassemble les écologistes, l’ancien parti communiste et une part de l’ancien gauche je ne crois pas que l’on puisse dire cela. La constitution de cette formation politique correspond indubitablement au malaise qu’une part de la politique menée par Prodi a pu susciter chez certains hommes de gauche.

La loi proportionnelle a encouragé ces logiques de coalition ; faire cavalier seul est devenu moins risqué.

LMU : Le bipartisme semble être souhaité par Berlusconi comme par Veltroni : peut-on imaginer que le bipartisme puisse s’installer en Italie sans passer par une réforme de la loi électorale ?

Hervé Rayner : Une tendance de long terme vers le bipolarisme peut s’amorcer mais c’est un processus long et qui ne suit pas une marche linéaire. Les acteurs ont des difficultés en ce moment à construire des coalitions qui regroupent une grande partie de l’offre politique, laquelle reste très segmentée.

Les modalités de remboursement des frais de campagne, assez généreuses, encouragent aussi ces logiques de regroupements. A partir de 1 % des voix, les partis bénéficient de remboursements très conséquents. Ce qui facilite l’accès de notables à la politique, qui sont tentés de créer leur propre parti. C’est aussi ce qui explique cette offre partisane atomisée.

Beaucoup appellent à l’abstention ou au vote pour des listes civiques qui n’ont pas beaucoup de visibilité en dehors d’internet.

© 2005-2008 Le Mensuel de l'Université - association loi 1901 - Crédits
http://www.wikio.fr