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N°24 - Mars 2008
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Après les élections, nouveau tournant dans le dossier chypriote ?

Magali Gruel-Dieudé
Docteur en politiques européennes et histoire contemporaine, Université Sorbonne Nouvelle-Paris III

Chypre est le seul pays européen communiste depuis l’élection dimanche 24 février 2008 de Dimitris Christofias. Le nouveau président réussira t-il, là où ses prédécesseurs ont échoué, le difficile pari de la réunification de l’île de Chypre ?

La République de Chypre, rappelons-le, est la partie sud de l’île de Chypre sous influence grecque et rappelons aussi qu’elle seule a adhéré le 1er mai 2004 à l’Union européenne en signant au nom de l’île entière. La République turque de Chypre Nord (RTCN) qui représente 37 % du territoire n’a pas pu la rejoindre à cause du stationnement des 35 000 soldats turcs et de sa non-reconnaissance par la communauté internationale suite au coup d’Etat organisé le 15 juillet 1974 par la junte grecque contre le gouvernement de Chypre.

En effet, Chypre est une île divisée en deux depuis juillet 1974 par une « ligne verte », ligne de démarcation. De ce fait, sur le plan politique, les deux républiques ont leur propre fonctionnement donc leur propre président. Neuf candidats étaient en lice pour participer aux élections en République de Chypre. Les trois principaux candidats étaient le président sortant Tassos Papadopoulos (DIKO), le président du parlement Dimitris Christofias (AKEL) secrétaire général du parti communiste et l’Eurodéputé Ioannis Kasoulides (DISY) ancien ministre des affaires étrangères. Le président sortant a été éliminé dés le premier tour des élections, le 17 février 2008. Dimitis Christofias, candidat communiste, a été élu avec 53,37% devant le conservateur Ioannis Kasoulides.

Dimitris Christofias est devenu le sixième Président de l’ancienne colonie britannique. Il était soutenu par les sociaux-démocrates et le centre droit. Le parti progressiste des travailleurs AKEL, extrême gauche-communiste, a été créé en 1941. Dimitris Christofias, dirigeant du parti, insiste sur le fait que la politique du parti AKEL lutte pour résoudre le problème chypriote et des problèmes de politique intérieure. Les analyses mettent en valeur deux éléments pour expliquer la victoire aux élections présidentielles. Tout d’abord, Dimitris Christofias incarne l’homme du changement par rapport à l’isolement de l’île. Puis il a su convaincre les Chypriotes qu’il s’intéressait plus à leur problème quotidien comme l’immigration clandestine massive qui est un problème important sur l’île tout en allant au-delà du problème de résolution du conflit. Le nouveau président est favorable à la discussion avec la partie Nord de l’île. Communiste, il est réputé pour être eurosceptique, opposé à l’entrée de Chypre dans la zone euro et athée dans un pays à 97% orthodoxe. Il ne pratique aucune langue étrangère à part le russe et selon les premières estimations, il aura des difficultés à s’entendre avec ses partenaires européens.

Lors de la campagne présidentielle, les débats prédominants entre les candidats se sont concentrés sur le moyen de résoudre la question chypriote. Dimitris Christofias prône pour une solution de paix entre les deux communautés qui serait basée sur les décisions et les résolutions des Nations Unies, ainsi que sur les principes du droit international et européen. Il est pour une solution qui libèrerait Chypre des militaires turcs, des immigrés et qui réunifierait l’Etat, le peuple, les institutions et l’économie. Dimitris Christofias est pour une solution bizonale sur la base d’une égalité politique des deux communautés comme les résolutions des Nations Unies le définissent. Il est en faveur d’une solution qui réhabilite la liberté et les droits de l’homme des peuples aussi bien chypriotes grecs que chypriotes turcs en incluant le droit de retour à la propriété.

Les dirigeants politiques du parti communiste AKEL déplorent la position difficile du côté chypriote grec. Selon eux, les accusations reposent toujours sur les épaules de la population chypriote grecque. Ils font toujours face à un manque de confiance et dégage une impression négative envers leurs partenaires européens et sur la scène internationale. Les Chypriotes grecs ont un réel besoin de convaincre la communauté internationale qu’ils veulent trouver une solution au problème.

Le nouveau président de la République de Chypre s’est prononcé pour une politique active et flexible afin de pouvoir mieux négocier les principes d’une solution au problème chypriote et de pouvoir surmonter l’impasse entre les deux communautés. Par ailleurs, lors de la rencontre entre Monsieur Caramanlis, premier ministre grec et Monsieur Christofias, début mars 2008, ils ont déclaré de concert que la Turquie devra se montrer constructive face à la question chypriote. M. Christofias a aussi rejeté les théories d’une solution de « taiwanisation » ou de confédération, affirmant que celles-ci ne vont pas dans l’intérêt de la Turquie. M. Dimitris Christofias doit rencontrer le dirigeant chypriote turc, Monsieur Mehmet Ali Talat fin mars 2008. Le nouveau président espère faire changer la Turquie d’avis concernant le dossier chypriote sur sa politique intransigeante et ses conséquences.

Concernant la politique économique de Dimitris Christofias, l’impact de l’approche néolibérale du gouvernement est particulièrement évident. Les sacrifices faits par la population afin d’améliorer les indicateurs de l’économie n’ont pas été appréciés comme ils auraient dû l’être. Selon lui, il faut introduire une politique allant en faveur des Chypriotes. Cette politique doit s’attaquer aux grands problèmes de la vie, ce qui signifie, qu’il faut s’attaquer aux difficultés provoquées par l’adhésion de Chypre à l’Union européenne et créer de meilleures conditions de vie dans cette Chypre européenne.

Le président Chypriote turc, Mehmet Ali Talat, a salué l’élection de M. Christofias en le félicitant pas téléphone. Puis lors d’une conférence le lendemain de l’élection, il a annoncé que c’est la première fois que le peuple chypriote grec a voté pour un changement, il espère que ces élections ouvriront un nouveau chapitre et que les souhaits des deux communautés deviennent réalité.

Mehmet Ali Talat précisa que le Plan Annan sera la base de référence pour les Chypriotes turcs pendant le processus de négociation. Le Gouvernement de Mehmet Ali Talat a attendu les résultats des élections côté chypriote grec afin de déterminer sa politique. Bien que positif sur une solution, Mehmet Ali Talat a rappelé que Dimitris Christofias avait déclaré avant les élections qu’il ne voulait ni des troupes militaires turques, ni de la Turquie en tant que puissance garante. Le dirigeant Chypriote turc pensait donc qu’une entente serait difficile et il ajouta que le côté Chypriote grec n’avait pas le droit d’amender le traité de garantie et d’alliance qui sont, selon lui, des accords internationaux.

Il est clair que les deux dirigeants chypriotes se montrent plutôt positifs quant à une solution au problème sur l’île mais arriveront-ils à se montrer assez flexibles et tolérants pour ne pas aboutir à une tawanisation ? Les deux dirigeants de l’île se rapprocheront-ils politiquement du fait de leur même bord politique ? Le sort de Chypre semble être entre leurs mains mais nous ne connaissons pas réellement la position des Chypriotes. Tout d’abord, les votes pour Dimitris Christofias étaient-ils pour une amélioration de la politique intérieure et un meilleur cadre de vie en République de Chypre ou pour une réunification de l’île ? En outre, il ne faut pas mettre oublier que Dimitris Christofias a été élu, entre autres, avec les voix du parti politique de Tassos Papadopoulos, hostile à une réunification. De leur côté, les Chypriotes turcs sont soucieux d’une solution sur l’île mais la Turquie ne semble pas vouloir faire trop de concession. En d’autres termes, soit les pourparlers sont efficaces et un processus de réunification se mettra en route, soit le statu quo perdurera.

Magalie Gruel Dieude est consultante dans une mission diplomatique auprès des Nations unies à Genève

A lire : Magali Gruel-Dieude, Chypre et l’Union européenne : mutations diplomatiques et politiques, coll. "Aujourd’hui l’Europe", l’Harmattan, Paris, 2007.

magali.gruel_dieude@yahoo.com

Crédit image : Wikimedia Commons

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